RDC – 100 jours : Vital Kamerhe, le « faiseur des Rois » que le destin interdit de vivre dans la Cour Royale

Peut-être que c’est le destin, car l’histoire se répète.

Après 2 mois de procès et 3 semaines de détention à la prison centrale de Makala, Vital Kamerhe a été condamné à 20 ans de travaux forcés et 10 ans d’inéligibilité et impossibilité d’accès aux fonctions publiques.

Une condamnation qui non seulement l’écroue en prison mais l’écarte aussi du petit cercle du Chef de l’Etat Félix Tshisekedi dont il faisait partie depuis janvier 2019. Être écarté du carré du président de la République après avoir mouillé le maillot, c’est une expérience que VK revit, après celle de 2009, quand il quittait bon gré mal gré, son poste de président de l’Assemblée nationale.

Comme en 2006 aux côtés de Joseph Kabila, en 2018 Vital Kamerhe a été directeur de campagne de Félix Tshisekedi qui a succédé à Joseph Kabila à la tête de la RDC.

Succession qualifiée de “première alternance historique à la tête de la République Démocratique du Congo “.

Grands rôles

Ses partisans, ses intimes, l’appellent “Faiseur des Rois”.

Après son divorce avec Joseph Kabila, il a préféré s’appeler “Mokolo Tonga”.

Non, pas en vain mais pour avoir été directeur de la campagne présidentielle qui a débouché sur l’élection de son candidat Joseph Kabila, comme il a été directeur de la campagne qui a couronné l’ambition de l’UDPS, à travers Félix Tshisekedi, d’accéder à la magistrature suprême après avoir “tenu bon” pendant plus de 30 ans.

“Tenez bon ! L’UDPS vaincra et gouvernera “.

L’UDPS a tenu bon et a vaincu avec Vital Kamerhe.

Sans oublier l’implication de cet homme dans les tractations post-électorales pour asseoir le pouvoir de ses candidats. Face à un Jean-Pierre Bemba armé et rejetant sa défaite, Vital Kamerhe a été entre les ambassades d’Afrique du Sud, du Portugal, de l’Angola ; au siège de la MONUC, actuelle Monusco, à la résidence de Jean-Pierre Bemba, pour représenter Joseph Kabila aux négociations ayant précédé le départ en exile du président du MLC, avant son arrestation à la CPI.

Laissant un boulevard au nouveau président élu de gouverner sans cet adversaire redouté.

Ses talents de fin négociateur se sont révélés davantage le jour où il a obtenu une rencontre entre les deux rivaux, ennemis : Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. Dans ce reportage diffusé à la RTNC, Jean-Pierre Bemba tourne le dos à un Joseph Kabila tout souriant, préférant regarder Vital Kamerhe avec qui il échange quelques sourires.

Plus de 10 ans plus tard, VK devient encore l’artisan de l’accord dit de “Kingakati” dont le contenu reste un secret qu’il est parmi les rares personnes à le connaître. Cet accord a permis au nouveau président Félix Tshisekedi, sans majorité parlementaire, et à l’ancien Joseph Kabila, détenteur de la majorité des élus nationaux, de gouverner le pays dans une coalition au lieu d’une cohabitation. Chacun a un adversaire de moins et tous deux peuvent se concentrer sur Martin Fayulu et Lamuka qui revendiquent la victoire.

L’accord a aussi concrétisé le rêve qu’a longtemps caressé le président de l’Union pour la Nation congolaise, celui d’offrir à Joseph Kabila un départ de la présidence “sans un seul coup de feu”. Le peuple congolais a accueilli avec clameur le nouveau président et est moins préoccupé par “la vérité des urnes” pour manifester contre la proclamation de Félix Tshisekedi président de la République.

Courts séjours

Cependant, la semence s’est toujours retrouvée en conflit avec la récolte ! Du directeur de campagne au négociateur, Vital Kamerhe a atterri au poste de président de l’Assemblée nationale en 2007. Après 2 ans en fonctions, il voit Joseph Kabila exiger sa démission pour ne pas l’humilier par une destitution déshonorante. Au fond, une affaire “d’insubordination” due à l’intervention de l’ancien directeur de campagne dans les médias sur l’intervention des troupes rwandaises en territoire congolais. Mais aussi, une affaire de millions. Son beau frère aurait emporté 2 millions de dollars dans le coffre fort de la chambre basse qu’il dirigeait.

Après un long moment passé dans le désert, le rejeton de la kabilie rejeté sort la tête de l’eau avec le poste de directeur de cabinet du Chef de l’Etat. Il dégage un goût revanchard vis-à-vis de ceux qui l’ont mis hors-jeu et qui se sont servis de lui dans des dialogues pour lui offrir des miettes à la fin. Vital Kamerhe leur inflige une sanction collective en paralysant le gouvernement. Il promet à ses anciens camarades restés dans l’autre camp, de faire des grandes réalisations avec peu de moyens, là où eux ont englouti des milliards sans réalisations visibles. Et finalement, les “grandes réalisations” tournent en une affaire judiciaire de détournement et corruption aggravante.

De janvier 2019 à mars 2020, une année et 2 mois ont suffi au “Faiseur des Rois” pour revivre la scène de son allié lui demandant sa démission. Le refus de démissionner opposé à Félix Tshisekedi avec qui il a signé des accords, le maintiendra au cabinet présidentiel jusqu’à ce que la justice lui demande de quitter la cour royale pour rejoindre la cour des personnes déloyales à la prison centrale de Makala.

Pour 20 ans des travaux forcés, 10 ans d’inéligibilité, c’est-à-dire d’absence politique.

Cette condamnation encore provisoire, ne prive pas à Vital Kamerhe l’espoir de recouvrer sa liberté d’ici peu, après avoir interjeté appel. Mais arrêté, jugé et condamné en tant que directeur de cabinet, Vital Kamerhe doit-il continuer à espérer de recouvrer son fauteuil de directeur de cabinet de Félix Tshisekedi où est annoncé une nomination imminente ? Si c’est cela le destin.

J.NK/L’INTERVIEW.CD