RDC : Joseph Mukumadi, ancien gouverneur du Sankuru, rejoint Nangaa et l’AFC/M23

RDC : Joseph Mukumadi, ancien gouverneur du Sankuru, rejoint Nangaa et l’AFC/M23

Goma, Nord-Kivu – 3 avril 2025, Dans une annonce qui secoue la scène politique congolaise, Joseph Stéphane Mukumadi, ancien gouverneur de la province du Sankuru, a officialisé son ralliement à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition rebelle dirigée par Corneille Nangaa et comprenant notamment le mouvement M23. Cette déclaration, faite depuis Goma, ville sous contrôle des rebelles dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), marque un tournant dans le parcours de cet homme politique de 41 ans, autrefois figure montante du paysage provincial.


Joseph Mukumadi s’était fait connaître en 2019 lorsqu’il fut élu gouverneur du Sankuru à l’âge de 36 ans, battant Lambert Mende, un poids lourd du Front Commun pour le Congo (FCC) de l’ex-président Joseph Kabila. Candidat indépendant à l’époque, Mukumadi incarnait alors un renouveau pour une province en quête de leadership jeune et dynamique. Cependant, son mandat fut rapidement entaché de controverses. En 2020, il fut destitué par l’Assemblée provinciale du Sankuru, une décision confirmée par la Cour constitutionnelle qui l’invita à démissionner après des accusations de violations des droits humains, notamment des actes de répression contre des journalistes, portées par l’ONG Journaliste en Danger (JED).

Depuis sa destitution, Mukumadi avait adopté un profil bas, séjournant à l’étranger, notamment en France, avant de réapparaître récemment à Goma. Son retour sur la scène publique, cette fois aux côtés de l’AFC/M23, soulève de nombreuses interrogations sur ses motivations et sur les implications de cette alliance pour la RDC.

Lors d’une prise de parole publique à Goma, Mukumadi a justifié son choix de rejoindre l’Alliance Fleuve Congo, une coalition politico-militaire formée en décembre 2023 à Nairobi par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Selon des sources locales, il aurait rencontré Nangaa lors d’une réunion formelle avant de s’exprimer devant les médias, déclarant son appartenance à ce mouvement qui cherche à renverser le gouvernement de Kinshasa.

L’AFC, dont le M23 est le principal bras armé, est accusée par le gouvernement congolais d’être soutenue par le Rwanda, une allégation que Kigali nie officiellement. Le groupe a intensifié ses opérations dans l’est du pays, capturant des villes stratégiques comme Goma et Sake en début d’année 2025, accentuant la crise humanitaire et sécuritaire dans la région. En rejoignant cette coalition, Mukumadi s’aligne désormais avec une entité condamnée par Kinshasa, où Nangaa et d’autres leaders ont été jugés par contumace et condamnés à mort pour trahison et crimes de guerre en août 2024.

Les raisons exactes de ce ralliement restent floues, mais plusieurs hypothèses circulent. Certains analystes y voient une tentative de Mukumadi de retrouver une influence politique après son éviction du pouvoir au Sankuru, en s’appuyant sur la dynamique militaire de l’AFC/M23. D’autres évoquent un possible ressentiment envers le gouvernement central, qui n’a pas empêché sa destitution en 2020. Son discours à Goma, bien que succinct, semble indiquer un soutien aux objectifs de l’AFC, qui incluent l’annulation des élections de 2023 jugées non crédibles et l’instauration d’un fédéralisme budgétaire.

À Kinshasa, cette annonce a suscité une vague de condamnations. Le gouvernement a qualifié Mukumadi de “traître” et promis des poursuites, tandis que des figures de l’opposition, comme Martin Fayulu, ont dénoncé une “radicalisation dangereuse” de la crise politique. Dans le Sankuru, les réactions sont mitigées : certains habitants saluent son audace, tandis que d’autres craignent que cette décision n’entraîne des représailles contre la province.

En s’associant à l’AFC/M23, Joseph Mukumadi prend un risque considérable. Alors que le groupe rebelle gagne du terrain militairement, il reste isolé sur la scène internationale, sous sanctions de l’ONU et des États-Unis, et rejeté par une large partie de la population congolaise. Pour Mukumadi, ce choix pourrait soit le propulser comme une figure clé dans un éventuel nouvel ordre politique, soit le condamner à l’ostracisme et à des poursuites judiciaires.

Pour l’heure, son ralliement renforce l’image de l’AFC comme un mouvement capable d’attirer des personnalités politiques déchues ou marginalisées, tout en compliquant davantage les efforts de paix dans un pays déjà fracturé par des décennies de conflit. Alors que les FARDC et leurs alliés tentent de reprendre le contrôle de l’est, la défection de Mukumadi pourrait galvaniser d’autres mécontents, accentuant la polarisation entre Kinshasa et les forces rebelles.

Zola NKOSI, L’INTERVIEW.CD