Séisme à l’AFDC-A : Modeste Bahati Lukwebo destitué de la présidence du parti

Kinshasa, 25 mars 2026 – Coup de théâtre au sein de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A). L’autorité morale et président national du parti, le sénateur Modeste Bahati Lukwebo, a été officiellement destitué ce mercredi par les instances dirigeantes de sa propre formation politique.

L’annonce a été faite à l’issue d’une conférence de presse tenue à l’hôtel Kin Plaza Arjaan by Rotana, à Kinshasa. Selon les cadres et plusieurs structures du parti réunis en « collège des fondateurs », la décision a été prise à la majorité requise, conformément aux statuts de l’AFDC-A.

Cette rupture intervient après des mois de tensions internes et fait suite à la démission de Modeste Bahati Lukwebo, le 18 mars dernier, de son poste de deuxième vice-président du Sénat, alors qu’une pétition de destitution circulait déjà à son encontre en raison de ses prises de position publiques.

Des griefs multiples et une gestion contestée

Dans une déclaration lue par Otto Bahizi Clovis, les cadres reprochent à l’ex-président national une série de manquements graves :

  • Une gestion opaque et autocratique : La direction administrative, politique et financière était, selon eux, aux mains d’un seul décideur, reléguant les cadres au rang de simples « garçons et filles de course ».
  • Un déficit de concertation : Un manque flagrant de communication avec les cofondateurs et les instances décisionnelles.
  • Un népotisme dénoncé : Une gestion perçue comme familiale, générant un climat de méfiance parmi les militants.
  • Un écart de ligne politique : Sa récente sortie médiatique sur la révision de la Constitution, effectuée sans l’aval du parti, est jugée contraire à la ligne de l’Union Sacrée de la Nation. Ses propos auraient « exposé toute la classe politique congolaise », qualifiée par lui d’irresponsable.

« Nous prenons nos responsabilités pour préserver l’unité du parti et garantir son fonctionnement conformément à ses statuts », a déclaré Otto Bahizi Clovis, désormais désigné président du comité de crise et président national par intérim.

Otto Bahizi aux commandes de la transition

Le comité de crise s’est fixé des objectifs clairs : restaurer la confiance entre les cadres, maintenir les acquis du parti au sein de la majorité présidentielle et organiser un congrès extraordinaire dans un délai raisonnable. Ce rassemblement permettra à la base militante de se prononcer définitivement sur l’avenir de la formation et de restructurer ses organes dirigeants.

Réactions et contexte politique

Contactés, des proches du sénateur Bahati Lukwebo balaient ces accusations d’un revers de main, qualifiant cette destitution de « pièce de théâtre » vouée à l’échec. Ils rappellent qu’un congrès récent avait renouvelé sa confiance au leader et dénoncent une tentative de déstabilisation orchestrée de l’intérieur.

Cette crise survient dans un climat politique électrique en RDC, dominé par le débat sur la révision constitutionnelle. Modeste Bahati Lukwebo, figure historique et ancien président du Sénat (2021-2024), était jusqu’ici un pilier de l’Union Sacrée. Sa chute pourrait rebattre les cartes au sein de la coalition et fragiliser l’un des regroupements les plus influents du pays.

Le prochain congrès sera décisif : l’AFDC-A en sortira-t-elle renforcée ou définitivement fracturée ? L’avenir politique de Modeste Bahati Lukwebo semble, pour l’heure, plus incertain que jamais.

Zola NKOSI/L’INTERVIEW.CD