Nord-Kivu : Retrait « surprise » de l’AFC/M23 dans plusieurs localités du territoire de Lubero

Le paysage sécuritaire à l’est de la République Démocratique du Congo connaît un tournant inattendu. Depuis le 23 mars 2026, un mouvement de retrait significatif des éléments de la coalition AFC/M23 est observé dans le territoire de Lubero. Ce repli intervient après plus d’un an d’occupation et soulève de nombreuses interrogations sur les dynamiques militaires et diplomatiques en cours.

Un retrait coordonné de positions stratégiques

Selon des sources locales et administratives, les combattants rebelles ont abandonné plusieurs zones clés qu’ils contrôlaient depuis leur offensive de 2024-2025. Le mouvement, entamé dans la nuit du 23 au 24 mars, s’est poursuivi les jours suivants.

Les localités libérées incluent notamment :

  • Kipese : Abandon des bâtiments administratifs et des logements occupés.
  • Axe Nord-Lubero : Munyakondomi, Ivatama (Vivataa), Ilambula, Musimba et Luseke.
  • Zones périphériques : Katondi, Kasima et les environs de Kitsombiro.

Ces villages, situés dans un rayon de 5 à 25 km de Lubero-centre, étaient sous administration rebelle depuis la chute de Kipese en février 2025. Les témoins rapportent que les troupes de l’AFC/M23 se sont repliées vers le sud, emportant leur matériel militaire sans heurts majeurs lors de leur départ.


Réactions à Lubero : Entre soulagement et vigilance

L’administrateur du territoire, le colonel Alain Kiwewa, a confirmé ces mouvements de troupes tout en appelant à la prudence. Si le retrait est effectif dans certaines zones, les autorités craignent qu’il ne s’agisse que d’un repositionnement tactique plutôt que d’une libération définitive.

« C’est un soulagement de voir ces hommes partir, mais nous attendons le déploiement effectif de la Police Nationale Congolaise et des FARDC pour nous sentir réellement en sécurité, » confie un habitant de Kipese.

Sur le terrain, les groupes d’autodéfense (Wazalendo) ont déjà commencé à organiser des rassemblements populaires pour appeler à la cohésion sociale. Cependant, le traumatisme des mois d’occupation — marqués par des taxes illégales et des exactions — laisse place à une méfiance persistante face au risque de retour des insurgés.


Les raisons d’un repli : Pression diplomatique ou stratégie militaire ?

Ce retrait de l’AFC/M23 dans le Nord-Kivu ne semble pas isolé. Il fait suite à des mouvements similaires observés à Uvira (Sud-Kivu) fin 2025. Plusieurs analystes pointent du doigt trois facteurs majeurs :

  1. L’Accord de Washington : Une pression internationale accrue sur le groupe rebelle et ses soutiens régionaux pour respecter les engagements de désengagement.
  2. Fatigue logistique : Des difficultés d’approvisionnement et des défections internes qui affaiblissent la chaîne de commandement de l’AFC.
  3. Résistance locale : La pression constante exercée par les FARDC et les milices locales sur les axes stratégiques comme la RN2.

Perspectives : Éviter le vide sécuritaire

À l’heure actuelle, ni l’AFC/M23 ni la MONUSCO n’ont émis de communiqué officiel détaillant les raisons de ce départ. La priorité pour le gouvernement congolais reste désormais d’occuper rapidement le terrain pour éviter un vide sécuritaire qui pourrait profiter à d’autres groupes armés actifs dans la région.

La population de Lubero appelle à une intervention humanitaire d’urgence dans les zones libérées et à une sécurisation durable des voies de communication pour relancer l’économie locale, asphyxiée par des mois de conflit.

Zola NKOSI/L’INTERVIEW.CD