Mort du colonel Willy Ngoma : la fin annoncée d’un fragile cessez-le-feu dans l’est de la RDC ?

Goma, 24 février 2026 – Le colonel Willy Ngoma, figure emblématique du M23 et son porte-parole militaire depuis de nombreuses années, serait mort dans des circonstances encore floues, selon plusieurs sources concordantes circulant sur les réseaux sociaux et dans certains médias congolais. Cette disparition, si elle est confirmée, pourrait marquer un tournant majeur dans le conflit qui oppose le mouvement rebelle soutenu par Kigali aux forces gouvernementales congolaises (FARDC) et à leurs alliés.

Willy Ngoma, né en 1974 et sanctionné par les Nations unies, les États-Unis et l’Union européenne pour son rôle dans les violations des droits humains et l’entrave aux processus de paix, était l’une des voix les plus audibles du M23. Il apparaissait régulièrement dans des vidéos et communiqués pour justifier les avancées militaires du groupe, dénoncer les bombardements de l’armée congolaise ou annoncer des cessez-le-feu unilatéraux – souvent de courte durée.

Ces derniers mois, son nom revenait régulièrement dans des rumeurs de décès : frappes de drones à Kalundu, bombardements à Uvira, affrontements près de Goma… À plusieurs reprises, des comptes pro-gouvernementaux ou proches de l’UDPS ont annoncé sa mort, avant que des vidéos ne le montrent réapparaissant, parfois quelques jours plus tard, à Tshanzu, Mwenga ou dans les rues de Goma. Cette récurrence avait fini par tourner ces annonces en running gag sur les réseaux : « Willy Ngoma mort pour la 40ᵉ fois ».

Mais cette fois, les informations semblent plus sérieuses. Des sources internes à l’AFC/M23 auraient confirmé aux proches que le colonel est décédé dans la nuit du 23 au 24 février aux alentours de 3 heures du matin, potentiellement lors d’une opération militaire ou d’une frappe ciblée. Aucune image ni communiqué officiel du M23 n’a encore été publié pour démentir ou confirmer. Le silence radio du mouvement, inhabituel quand il s’agit de démentir une rumeur sur ses cadres, alimente les spéculations.

Un symbole qui s’efface, un vide stratégique

Au-delà de son rôle de communicant, Willy Ngoma incarnait une certaine ligne dure au sein du M23 : refus systématique des processus de Luanda ou de Nairobi qu’il jugeait défavorables, insistance sur des négociations directes entre le mouvement et Kinshasa, et rhétorique très agressive envers les FARDC et la MONUSCO.

Sa disparition intervient alors que le dernier cessez-le-feu, fragile et partiel, conclu sous médiation américaine et angolaise fin 2025, était déjà en sursis. Les retraits promis à Uvira n’ont été que partiels, les accrochages sporadiques se sont multipliés ces dernières semaines, et les deux camps s’accusent mutuellement de violations.

Pour de nombreux observateurs, la mort de Ngoma pourrait accélérer la rupture. Sans sa voix – souvent la plus médiatique et la plus provocatrice –, le M23 risque de connaître des divisions internes. Certains cadres, plus enclins au dialogue, pourraient pousser pour une vraie désescalade ; d’autres, au contraire, pourraient durcir la ligne pour venger leur porte-parole et montrer qu’ils restent une force incontournable.

Du côté de Kinshasa, l’information – vraie ou instrumentalisée – est déjà utilisée pour galvaniser l’opinion : plusieurs comptes pro-pouvoir parlent d’une « frappe décisive » et appellent à une offensive générale pour « profiter de la désorganisation au sein du M23 ».

Vers une nouvelle flambée ?

Si la mort est confirmée dans les prochaines heures, le risque d’escalade est élevé. Le M23 pourrait lancer des opérations de représailles pour démontrer qu’il conserve sa capacité de nuisance, tandis que les FARDC, Wazalendo et mercenaires étrangers pourraient tenter de reconquérir du terrain. Dans les deux cas, la population civile – déjà épuisée par des mois de combats, de déplacements et de massacres – serait la première victime.

Pour l’instant, Goma reste sous haute tension, les marchés tournent au ralenti et les rumeurs les plus folles circulent : Ngoma aurait été empoisonné, éliminé par un drone américain, ou même… toujours en vie et sur le point de faire une réapparition spectaculaire.

Dans l’est de la RDC, où la mort est parfois annoncée plusieurs fois avant d’être réelle, une seule certitude : tant que le cessez-le-feu ne sera pas véritablement respecté et que les causes profondes du conflit – contrôle des ressources, questions identitaires, ingérences régionales – ne seront pas traitées, la paix restera une illusion.

Et si Willy Ngoma est vraiment parti, il emporte avec lui l’un des derniers canaux de communication directe entre le M23 et le reste du monde. Un silence qui, en ces temps de guerre, annonce souvent le bruit des armes.

Zola NKOSI, L’INTERVIEW.CD

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